Société d’art et d’Histoire du Mentonnais

Exposition « au Bonheur des rues » au Palais de L’Europe

samedi 8 janvier 2011 par Josiane TRICOTTI

L’exposition Au bonheur des rues est une évocation du commerce et de l’artisanat mentonnais entre 1860 et 1960. Au fil d’une rue imaginaire, nous avons tenté de présenter l’intense activité économique de la ville dans une période de profondes mutations.
Nous remercions toutes les personnes qui ont partagé avec nous leurs souvenirs et qui nous ont offert un peu de leur histoire et de beaucoup de leur émotion.
Josiane Tricotti et Charles Martini
L’ampleur de la tâche était grande, les documents et objets innombrables, les témoignages multiples.
Aussi, faute de temps et d’espace d’exposition, il n’a pas été possible de présenter tous les commerces de la ville, n’y voyez aucun choix délibéré.
Nous tenons ici à nous excuser auprès de ceux qui auraient voulu apporter leur contribution à ce travail.
L’enthousiasme démontré lors de la préparation de cette exposition met en évidence l’attachement profond des Mentonnais pour leur ville et leur histoire
.

Photo : Roger Paget

Au XXe siècle, Menton vit encore sur l’ancienne économie agricole fondée sur l’agrumiculture et le fret des fruits. L’évolution du commerce au milieu de ce siècle modifie grandement l’aspect de la ville. Elle apporte modernité et travail à Menton. Des commerces nouveaux s’installent, principalement des commerces de luxe destinés à une riche clientèle d’hivernants. La villégiature de ceux-ci est facilitée par la création, en 1869, d’une gare P.L.M. à Menton. Une intense activité saisonnière d’octobre à mai, se met en place.

La période de la Belle Epoque est une période fondatrice pour le commerce à Menton. En parallèle, les progrès techniques permettent à la ville de se doter d’entreprises modernes et de petites structures industrielles.

De l’influence anglaise

En 1859, sur les conseils d’Henry Bennett, médecin obstétricien de la reine d’Angleterre, la communauté britannique prend ses quartiers d’hiver sur la Riviera. Les Britanniques représentent 60% des hivernants de Menton à la fin du XIXe siècle.

Les premières pharmacies et herboristeries naissent de cette fonction et les inscriptions de leurs vitrines sont généralement en anglais. En 1913, Lavargne crée la British Pharmacy. Les boulangers proposent, dans les années 1880, les divers pains appréciés par cette communauté. Les pâtisseries et salons de thé s’ouvrent et offrent les pauses gourmandes du Five O’Clock Tea. Un marché nouveau apparait pour les confiseurs. La confiturerie anglaise s’installe dans le Careï et Zelman crée sa Menton ’s bitter oranges manufactury à Garavan. Tout bon commerçant se doit de mentionner qu’il est le fournisseur attitré de sa très gracieuse majesté et les réclames qu’il fait paraitre dans les journaux locaux sont très souvent dans la langue de Shakespeare. Il est certain que la bonne clientèle jusqu’en 1930, est anglaise. La crise de 1929 met fin à cette suprématie.

La première guerre mondiale marque un momentanée mais brutal arrêt à cette impulsion. Les commerces à vocation touristique ferment leurs portes, les commerces de bouche souffrent d’un mauvais approvisionnement. Les denrées sont bloquées en gare de Marseille. Les commerçants ne se fournissent plus qu’auprès des producteurs locaux et la viande se fait rare, ce qui entraine une forte augmentation des prix. Deux femmes a Tatouna, a Tavina vont s’illustrer au marché en imposant leurs tarifs auprès des commerçants pour éviter que la nourriture soit trop chère. Elles donnent l’impulsion nécessaire pour éviter une situation catastrophique. Toutefois certains commerçants profitent du ravitaillement rendu difficile et se lancent dans le marché noir. Cette difficulté d’approvisionnement est illustrée par la transformation des jardins Biovès en champ de blé.

En 1919, les évolutions perçues avant-guerre s’affirment. L’agrumiculture décline, concurrencée par la production étrangère. L’urbanisation des vallées et de terrains agricoles peut commencer. Les journaliers et employés agricoles se convertissent dans les emplois de service. Quelques entrepôts et petites usines s’installent encore et proposent des produits manufacturés à destination des hivernants des grands hôtels. Le secteur du bâtiment est très important comme avant la guerre. Les commerces de luxe abondent et se développent au centre ville. Les commerces à destination de la population locale stagnent. Le coût de la vie est élevé. En 1923, à Menton, les produits de première nécessité sont 30 % plus élevé qu’à Nice. Menton ressent la crise de 1929 de façon aigüe avec la baisse du nombre d’hivernants. Les commerces sont en difficulté et le chômage apparait.

La seconde guerre mondiale dans un contexte économique morose va être marquée par un brusque coup d’arrêt économique. Après l’évacuation des civils, le décret du 30 juillet 1940 dit Bando Mussolini impose les conditions de vie dans les territoires occupés. Certains commerçants ré-ouvrent des boutiques de première nécessité.
L’approvisionnement se fait en Italie, la lire remplace le franc et les commerçants adoptent l’italien. En 1941, les prix augmentent encore de 20 % et un rationnement est mis en place. En 1943, la situation se dégrade toujours plus mais le franc redevient la monnaie d’échange. L’approvisionnement reste problématique. Le marché noir continue et la reprise économique tarde.

En 1947, les commerces d’avant guerre reprennent peu à peu leur activité. Le secteur du bâtiment est en pleine expansion et le tourisme redémarre.

Firpo tient un carnet de notes sur la situation économique de la ville à cette époque :
« Retour des industries artistiques du pays : céramique, ouvrage de marquetterie, ébénisterie d’art.
Industrialisation des produits agricoles, réouverture des distilleries, fabrique de confiture.
Industrialisation des produits de pêche : ateliers de salaison, conservation du poisson. Développement de l’industrie de la pêche. Chalutiers. Ateliers de construction de bateaux
. »

La modernité attire de nouveaux commerçants mais aussi de petites industries : usine de seringues, d’appareils photographiques, de jouets mécaniques et de poupées folkloriques.
1928 Le Tabac du Cap, Place du Cap

Evolution des commerces

De 1890 à 1950, les grandes tendances nationales sont respectées. L’évolution du mode de vie entraine une modification du commerce. Les couturières, tailleurs et modistes nombreux dès la Belle Epoque, voient leur nombre exploser durant l’entre-deux-guerres. Le prêt à porter inventé au début des années 50 révolutionne le monde de la mode et sonne le glas de nombreux artisans locaux : modistes bien sûr, mais aussi tailleurs, gantiers, chapeliers, mercières, marchands de tissus. Deux décennies plus tard, les franchisés et chaines de prêt à porter vont de nouveau modifier profondément le paysage commercial de la ville.

Il en est de même pour les métiers de bouche qui étonnent par leur nombre et leur diversité au début du XXe siècle. La multiplicité des produits, tant français qu’étrangers, le stock, l’organisation des étalages nous laissent rêveurs. La grande épicerie Willoughby propose, en sa boutique, tous les produits qu’un Britannique, un Allemand ou un Russe peut trouver en son pays. L’épicerie aux produits d’Espagne, rue Saint Michel, vend tous les fruits et légumes tropicaux et son arrière-boutique est occupée par une mûrisserie de bananes. L’entre-deux-guerre, voit décliner ce type d’établissement. Les épiceries et les commerces de proximité vont se raréfier à la fin des années 50. C’est l’apparition des self-services et des supermarchés dans les années 70 qui supplantent totalement les petits commerces.

Les marchands d’écailles, de corail, de petits objets marquetés, de céramiques qui offraient un choix de souvenirs raffinés dans leurs boutiques du centre ville, vont peu à peu fermer ou modifier leur offre. En 1950, en ces années d’héliothropie ou la bakiélite puis les matières synthétiques viennent en force, la demande n’est plus la même. Les minuscules boutiques du boulevard de Garavan et du pont Saint Louis croulent sous les souvenirs stéréotypés. Menton brille sous la neige artificielle d’une boule de plastique, des poupées en costume régional tentent de rivaliser avec des moulins à vent multicolores … Le commerce du souvenir et de l’objet n’a pourtant pas dit son dernier mot. Avec la création de la rue piétonne, les boutiques retrouvent un nouveau souffle et proposent aux touristes avides de consommation, mille merveilles en souvenir de leurs vacances.

Aujourd’hui, le commerce tend à commercialiser uniquement des produits manufacturés et offre une véritable démocratisation des biens. Ces différents commerces vont marqués à leur tour la ville de leurs empreintes.
Témoignages et anecdotes vont nous permettent de retrouver l’ambiance de nos rues. Laissez-vous conter les métiers de bouche, de l’habillement, des services et les petits métiers, l’artisanat au fil de ces pages…


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