Société d’art et d’Histoire du Mentonnais

Jeux d’autrefois…

mardi 5 mars 2013 par Jean RAYBAUT

ll y aura bientôt trois quarts de siècle, les distractions et les jeux organisés étaient inexistants dans notre petit village de Castillon perché là-haut sur son Col ! Les jeunes, j’entends ceux que l’on dénomme les « pré-ados » devaient compter sur leur imagination pour occuper les moments de loisirs. Heureusement pour eux, ils n’en manquaient pas d’imagination ! Peut-être en avaient-ils trop et parfois curieusement orientée… Je n’ai pas souvenir de petits jeux tranquilles comme les billes, la marelle, manifestement destinés à des plus jeunes… Alors il fallait inventer.

Nous avions bien tenté la « jiroumella », mais nous ne connaissions que le geste qui

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nous permettait de propulser au loin la petite navette de bois… Mais les règles du jeu ?...

Certes de temps à autres nous tenions conseil pour trouver un quelconque « escavès », entendez par là une entreprise douteuse, parfois à la limite du bon goût, plutôt répréhensible qui avait le grand mérite de nous stimuler mais aussi d’irriter les adultes consternés…

Parmi ces activités figurait le « charavin », manifestation bruyante s’il en ait et qui consistait, lors d’un mariage « hors des strictes normes habituelles » (entre divorcés par exemple) à parcourir la rue des futurs époux en traînant derrière nous de longs serpents constitués de grosses boîtes de conserves vides, enfilées sur un long et solide fil de fer. Comme les rues étaient empierrées on devine le vacarme qui venait soudain troubler le silence de la nuit. Mais cela n’avait qu’un temps et les occasions étaient assez rares.

Remarquons tout de même que ces activités « ludiques » étaient toujours conçues collectivement… et les réprimandes distribuées sur le même principe.

Puis il y eut l’épisode des carrioles : quatre roues, de poussettes souvent mais parfois quatre beaux roulements à billes, une planche et voilà l’engin, qu’il fallut bien vite doter d’une direction… assistée d’une ficelle solide et surtout d’un frein garni d’épaisses couches de vieux pneu. Notre piste n’était autre que la route qui descendait vers Menton, la « grille de départ » étant située à la sortie du tunnel. Aucun danger pour nous, Menton étant interdit d’accès, aucun véhicule n’y circulait. Nous nous lancions avec enthousiasme sur une route un peu trop gravillonnée pour nos genoux… En général nous dévalions jusqu’au « pas de Rémégouns » c’est-à-dire au début de cette route qui n’était alors qu’une petite piste en terre. Nous n’allions pas plus loin, car… il fallait remonter en tirant notre carriole, si toutefois un dérapage non contrôlé, une culbute soudaine ne l’avaient endommagée. Dans ce cas, c’est, la carriole sur l’épaule, que nous aurions du rejoindre la grille de départ.

Puis vint la période des cerceaux !!! Non, non n’allez pas croire que je parle du joli cerceau vernis, que les petits garçons endimanchés poussent gracieusement dans les allées des parcs de nos villes… Non pas du tout ! Nous avons essayé les gros cerclages des tonneaux abandonnés. Mais ces vénérables pièces étaient galbées et il était impossible de leur imposer une trajectoire rectiligne. Alors nous avons cherché… et trouvé ! De vieilles roues de charrette furent débarrassées de leurs rayons. Un beau cerclage épais, solide et… lourd devint notre cerceau. La chasse aux vieilles roues s’intensifia, et tous les diamètres furent admis : la roue du petit charreton comme celle du puissant tombereau. Nous avons même récolté un cerceau presque aussi grand que nous. Les premiers essais nous imposèrent de trouver le moyen de retenir l’engin, car avec son poids il prenait vite une allure dangereuse. Un bon bâton muni d’un crochet nous permit de calmer sa fougue et d’en rester maître. Mais vous le savez, les rues étaient empierrées et vous pouvez imaginer le vacarme produit par ces lourds cercles de fer bondissant de pierre en pierre, vacarme auquel s’ajoutaient nos cris de joie… Et cet équipage descendait jusqu’à « la galerie », entendez par là, le tunnel qui permet de passer de la vallée de Menton à celle de Sospel. Là, chacun, son cercle sur l’épaule, nous prenions le chemin du retour pour, jusqu’à épuisement, refaire une descente…
Le soir, le sommeil ne tardait jamais beaucoup…


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