Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
En français et en mentounasc

La légende du BARBA-JUAN de CASTELLAR…

samedi 4 mars 2017

Jacqueline VERDINI nous conte, en mentounasc, la rencontre de Barb’Antoni et de Barba Jouan.
Barb’Antoni, oncle Antoine, n’est autre que le palhassou de carnaval, mannequin rempli de paille et de chiffons, que les Mentonnais s’évertuaient à faire sauter pour le rattraper aussitôt dans un grand drap. Tradition ancienne perpétuée par le Ravanet lors de la Fête du Citron.
Barba Jouan, oncle Jean, n’est autre qu’une sorte de ravioli frit, une spécialité culinaire locale bien connue et fort appréciée.

ONCLE ANTOINE ET ONCLE JEAN

L’autre jour, il était environ onze heures, je rentrais chez moi, mon panier contenant le repas pour midi, vite fait, quelques pâtes fraîches et un peu de poisson. Je marchais tranquillement, sans me presser quand, regardant devant moi, j’ai vu Barb’Antoni qui marchait comme s’il avait été ivre : il se tenait près des maisons, dodelinait de la tête, il parlait seul, fort, avec les mains et disait : « je n’en peux plus, je suis tout cassé, ils m’ont fait de tout : aller, sauter d’un coin à l’autre du drap, ils sont vraiment pénibles, ils faisaient cela en chantant : « Laishé-rou passà, Barb’Antoni, Barb’Antoni, laishé-rou passà, Barb’Antoni va sautà » (Laissez-le passer, Oncle Antoine, Oncle Antoine ; laissez-le passer, Oncle Antoine va sauter.)
Et, hop ! En l’air ! une fois ici, une fois par là, je suis tout déglingué, je me suis trouvé dans le drap les jambes autour du cou, la tête sous le derrière, les bras amollis sans pouvoir me raccrocher à quoi que ce soit. Je suis tout abîmé, je suis cassé, ces fêtes m’épuisent, je suis vraiment fou d’accepter de faire le pantin dans les fêtes des vallées. Eux sont contents, ils se marient et ils chantent, et, moi, je suis mis en pièces. Notre Seigneur aidez-moi, venez, mais venez »
Et il parlait ce brave Antoine et il déraisonnait, puis tout à coup, qui arrive de Castellar : Barba Jouan. Lorsque je l’ai vu, j’ai posé mon panier parterre et me suis arrêtée pour savoir ce qui allait se passer. Barb’Antoni se redresse, le regarde, lui donne un coup sur l’épaule et dit :
« -Oh Jeannot tu es ici, que fais-tu, où vas-tu ?

  • Regarde, répond Jean, il a fallu que je descende mais je reste peu de temps, je suis en sueur et je sens la friture. Sens mes cheveux, c’est exact ? Figure-toi qu’hier j’ai fait de la friture toute la journée, je suis fatigué mais content, j’ai joué un bon tour à ma femme. Que je te raconte ! As-tu le temps de m’écouter ?
  • Oui, oui, raconte, raconte. Je t’écoute.
  • Hier, ma femme faisait des raviolis avec la viande qui lui restait du pot-au-feu de dimanche. Elle avait terminé. Les raviolis étaient faits et il restait un peu de pâte. Elle me dit : tu sais Jean je ne fais plus rien, j’en ai assez et pour le repas je n’ai rien de prêt mais ça m’est égal, nous mangerons une tomate et un peu de maquet et puis du fromage…
  • Non, non, non, je prépare le repas, enlève-toi du milieu, éloigne-toi, laisse-moi faire.
  • Oh, tu m’écoutes Antoine ?
  • Oui, oui, répond l’autre.
  • Alors, j’ai pris les blettes blanchies et la courge cuite qui restaient, j’ai pris un peu de riz que j’ai trouvé au fond d’un bocal, j’ai mélangé le tout, j’ai ajouté deux œufs, un peu d’huile, du sel, du poivre, un peu de fromage frais, un oignon frais bien coupé, j’ai fait un mélange et, avec la pâte qui restait, j’ai refait des raviolis, mais ce sont des raviolis de pauvre, sans viande, et puis, pour agir différemment, dans une poêle qui contenait un peu d’huile, voilà ce que j’ai fait : j’ai pris mes raviolis et je les ai frits. Tout cela pour jouer un tour à ma femme. Tout cela fut fait à l’instant. Lorsque nous nous sommes mis à table pour manger, tous les deux, mon filleul Albert est arrivé. Dis-moi, lui ai-je dit, veux-tu déjeuner avec nous. Tu vas goûter à quelque chose de nouveau Antoine ! Nous avons mangé tous ensemble. C’était bon, mais bon ! ces raviolis étaient délicieux, je ne t’en dis que ça tellement savoureux que mon filleul m’a dit : mon Oncle, si tu veux, nous refaisons ce que tu as fait, nous en faisons une corbeille.Tu fais la pâte, et moi je fais cuire les blettes et la courge. Nous faisons la farce. Moi, je prépare les raviolis et tu les fais frire. Puis, ce soir, il y a la fête de Saint Sébastien, nous descendons sur la place et nous faisons bombance… Nous trouverons un petit vin pour boire un coup…
  • Oh, Barb’Antoni ! Tu m’as écouté ?
  • Oui, oui, j’ai entendu, et alors : tu y es allé ?
  • Bien sûr que nous y sommes allés ; Tous les Castellarois ont voulu manger des raviolis frits… Et ils veulent tous en faire !
  • Où vas-tu maintenant, moi je rentre chez moi, je marche un peu pour faire travailler ma jambe, mais je suis fatigué.
  • Et moi, je retourne à Castellar. » Ils sont partis tous les deux, Barb’Antoni et Barba Jouan, et moi j’ai repris mon panier et je me suis dit, moi aussi je vais faire des raviolis frits. Je suis arrivée à la maison, j’ai préparé rapidement une salade, disons une salade de tomates, et j’ai fait également une soca, le tout était prêt pour midi. Tout en mangeant, j’ai raconté, à mon mari, tout ce que j’avais entendu. Nous avons bien ri. Mais j’ai ajouté : je vais aussi essayer ces raviolis de Barba Jouan, et puis… Salut à tous, l’histoire est finie. Jacqueline VERDINI

BARB’ANTONI E BARBA JOUAN

L’autre jorn, era vers’ ounz’ oure, me n’intrava a casa dam’ ent’ ou cavagn ou past per mejijorn, vitou fach, doue paste fresque e un poc de peish. Caminava pian-pian, sensa spreisha-me coura gardeent davanche da mi hai vist Barba Antoni que caminava couma s’era embriag se tenìa arrent e case, avìa a testa que brandoulhava… parlava da souret, fouart, tamben dam’e ma, desìa : "n’en pueishou pu, su toute rout, m’han fach de tout : anà, sautà d’un cant dou lençoue à l’autre cant, san propi despiechouse, fasìan acò, cantent :
Laishé-rou passà, Barb’Antoni, Barb’Antoni, laishé-rou passà, Barb’Antoni va sautà…« E vlan en l’ària ! un còu d’aquì, un còu d’ailà, su tout embarsimà, me su trovà ent’ou lençoue e cambe à l’engirou dou coual, a testa souta ou cu, u brasse mouale sensa pouré ganta-me à carcaren. Su toute deslabrà, su rout, aquele feste me stancan, su propi baboul d’anà fà ou palhassou a u festì de valade. Elu san countente, se marian e cantan, e mi su stroupelà. Nouaishe signoù ajuhe-me… caré, ma caré… »
E parlava ’stou brau Antoni e straparlava, puhi toute n’en còu, qù arriba, carent de Castelà : Barba Jouan…Coura l’hai vist, hai pausà ou men cavagn en terra e m’arrestou pèr sabé un poc couma anava à se passà. Barb’Antoni se mete ben drech, ou gardea, i manda una pata en se spale e i di :

  • Oh Chouà este aquì… ço que fal, douna val ?
  • Ga, respouande Jouan, m’ha caishù carà ma stagou poc temp, su toute suourent e sentou l’ueri frich. Sente-me u cabelhe, jus ! Ie, figura-te, hai frich tout ou jorn, su stanc, ma countent, hai fach un belou còu à ma moulhé. Te racuentou ! hal ou temp de scoutà-me ?
  • Shi, shi, cuenta, cuenta. Te scoutou.
  • Ie, ma moulhé fasìa de raviouare dam’ a carn qu’assoubrava dou brodou de duménigue. Avìa fenì. U raviouare eran fache e i assoubrava un poc de pasta, me di : Ga Jouan noun fagou pu ren, n’hai ‘na fourra, e pèr manjà n’hai ren de prount, m’en batou e coufe ; mangerema una toumata e un poc de maquet e puhi de froumai…
  • Na, na, na, mi fagou pèr manjà… Leva-te da miej, leva-te dau semenà, laisha-me fa.
  • Oh, me scoute Antoni
  • Shi, shi, respouande l’autre.
  • Aloura, hai pilhà e biee bulhìe e a suca cuecha qu’assoubrava, hai pilhà un poc de riz que hai trovà au found d’un pignatan, hai mesquià tout acò, hai metù dou òu, un poc d’ueri, de sa, de pèure, un poc de brouss’, una cebeta fresca ben talhàia, hai fach un bourmej ben mesquià e dam’a pasta que stasìa, hai refach de raviouare, ma san de raviouare de paure, sensa carn, e puhi, pèr fa diferament, i era a paela dam’un poc d’ueri dintre, ço qu’hai fach : hai pilhà ’stu raviouare e u hai friche. Tante pèr fa un còu à ma moulhé. Tout acò, dich e fach. Coura se sema metù à taura pèr manjà, tout u dou, arriba Bertou ou men fiossou. Ga, i hai dich, manja dame nautre. Val a salhà carcaren de nòu, Antoni. Avema manjà tout ensem. Era ban, ma ban, ’stu raviouare eran gustouse, noun te digou. Talamente gustouse que moun fiossou me di : "Barba, se tu vouare, refasema ço qu’hal fach, en fasema ’na couarba. Tu fal a pasta, e mi fagou bulhì de biee e de suca. Fasema ou pastan. Mi, fagou u raviouare e tu frige. Puhi, ’sta sera es a festa de San Sebastian, s’en anema en s’a piaça e fasema una ribota. Troverema una piqueta pèr bèu un còu. Oh, Barb’ Antoni ! palhassou, m’hal scoutà ?
  • Shi, shi, hai sentù, e aloura : i est anach ?
  • E segù que i sema anache. Tout u castelarenque han voushù manjà u raviouare friche. S’en sema fach una pansàia. E vouaran toute fa-n’en !
  • Douna val ahura, mi en casa, caminou un poc pèr fa caminà e cambe, ma su stanc.
  • E mi remountou à Castelà. San partì tout’ u dou, Barba Antoni e Barba Jouan, e mi hai repilhà ou men cavagn e me su dicha, vagou tamben mi à fa-me de raviouare friche. Su arribàia en casa, hai vitou fach una ensarata, disema un coundian, e hai fach tamben una soca, era prount pèr meji-jorn. Tout en manjent, hai cuntà à moun spousou ço qu’avìa sentù. Se sema fach una pansàia da ri. Ma i hai dich : vagou à provà aquelu raviouare de Barba Jouan, e puhi… Salù à toute… A stòria ese fenìa. Jacqueline VERDINI

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