Société d’art et d’Histoire du Mentonnais

« Marìa de banque », un texte de Jacqueline Verdini

En français, « Marie, la chaisière »
mardi 29 janvier 2019 par Verdini Jacqueline

« Ai ben bourmejà, salù à toute e scuse-me dou poc ».
C’est par ces mots que Jacqueline Verdini, décédée le 21 janvier 2019, avait conclu son recueil de maximes et dictons du Pays Mentonnais, Aquò ese dich.
Dans ce texte « Marìa de banque » et les dessins proposés, tout le bon sens du pays est retranscrit par le crayon et la plume de l’artiste, le mariage du trait et des mots.

PROVERBE :
Quoura avé de pan e de ven, pouré envità ou vesen
Si vous avez du pain et du vin, vous pouvez inviter le voisin
Jacqueline Verdini (Aquò ese dich, maximes et dictons du Pays Mentonnais, 1994)
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MARÌA DE BANQUE
Avé counoushù Marìa de banque ? Era una frema touta longa, touta strencha, una bouca couma un subiet, un nas couma un couté, de uelhe que sguitavan e vehìan tout, e puhi de cabelhe un poc jaun, tirà sus’ u coustà, talament tirà qu’e aurelhe devenìan pounchùe e se coulavan de cada coustà d’un tignan gross coum’un liman pausà sus’a fountanela.
Marìa de banque fasìa pagà e caregue da guiejha de San Miqué. Avìa sempre una roba faudilhan, mieje casaqua, mieje coutilhan, dame de pichoune fioù blu sus’ ou negre da stofa. Susa ’sta roba avìa un faudì dame doue bourniere, una per ou mandilhou que sentìa ou tabac da presà, r’autra bourniera era per u sòu de banque.
Sourtent de scora, anavan, mi e d’autre pichoune, fint’a San Miqué per gardeà se i era un bateà o un autre spetàcoulou. Intravan ent’a guiejha ; a pena arribàie, Marìa de banque nou fasìa scourre en crient : « Scapé d’aquì qu’este en casa de Nouaishe Signoù ! » Partìan en courrent e mi, qu’era a pu grana de talha, en partent dounava un còu dou piat da man ente r’aiga dou benetìe... e touta r’aiga sguitava a r’entorn. « Pelandroune, pelandroune, asperé qu’arribou... banda de carlevà qu’este toute, Nouaishe Signoù vou castiguerà ! »
S’abrivavan sus’ a piaça de San Miqué e se piatavan darraire u pilastre, asperavan un moument que Marìa de banque arribesse. Noun tardìa... Se metìa davanch a pouarta da guiejha, e doue ma ent’ e bourniere, a man drecha que fasìa sounà u sòu, r’autra man, a seneca, que boulegava ou mandilhou ent’ a bourniera, gardeava da tout’ u coustà e parlava fouart de paraule arrabiàie. A testa ri tremourava... Asperava un temp, puhi s’en retornava en guiejha.
E nautre stasìan chute fint’ aquelou moument, puhi sourtìan de nouaishe piatan, partìan en courrent vers’ e scare e, ailì, vaga da ri... eran countente, avìan fach arrabià Marìa de banque !
Jacqueline VERDINI
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MARIE, LA CHAISIÈRE
Avez-vous connu Marie la chaisière ? C’était une femme tout en longueur, étroite, une bouche en forme de sifflet, un nez comme un couteau, des yeux vifs qui voyaient tout, et puis des cheveux plutôt blonds, tirés sur les côtés, tellement tirés que les oreilles en devenaient pointues et se collaient de chaque côté d’un chignon gros comme un citron pausé sur la fontanelle.
« Marie des chaises » faisait payer la location des chaises de l’église Saint-Michel. Elle portait toujours une robe tablier, mi casaque, mi jupe, avec des petites fleurs bleues sur l’étoffe noire. Sur cette robe, elle portait un tablier à deux poches, une pour le mouchoir, qui sentait le tabac à priser, l’autre pour mettre l’argent des chaises.
Après la sortie de l’école, nous allions, avec quelques camarades, jusqu’à l’église Saint-Michel pour voir s’il y avait un baptême ou tout autre cérémonie. Dès que nous entrions dans l’église, Marie nous chassait en criant : « Allez vous en d’ici, vous êtes dans la maison de Notre Seigneur ! » Nous partions en courrant et moi, la plus grande de toutes, je donnais un coup du plat de la main dans le bénitier… faisant éclabousser l’eau aux alentours. « Coquines, attendez un peu que j’arrive… Bande de carnaval, Le Bon Dieu vous puniera ! »
Nous nous échappions vers le parvis et nous nous cachions derrière les piliers, attendant l’arrivée de « Marie des chaises ». Elle ne tardait pas… Elle se postait alors devant la porte de l’église, les deux mains dans les poches, elle regardait de tous les côtés en vociferant quelques mots de réprimande à notre intention. Sa tête tremblait… Elle attendait un instant, puis rentrait dans l’église.
Nous attendions encore un moment avant de quitter notre cachette. Nous partions alors à toute allure vers les rampes en éclatant de rire. Nous étions contentes de nous. Nous avions fait enragé Marie la chaisière !
Jacqueline VERDINI


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