Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
Du paquebot Lisitania à l’Orient-Palace

Des Américains à Menton : 1918-1919

Revirada en mentounasc : Dou Lusitanià fint à l’Orient Palace

Dans le texte qui suit, l’historien-conférencier Jean-Claude Volpi, nous fait connaître un pan quasi inconnu de l’histoire de Menton : l’existence d’un hôpital temporaire américain entre octobre 1918 et début juin 1919.
.
Une revirada en mentounasc, réalisée par Solange Mongondry-Barberis, accompagne le texte en français.

Des Américains à Menton : 1918-1919
.
Du paquebot Lusitania à l’Orient Palace
.
Le U-boot allemand U 20 coule le transatlantique Lusitania au large de l’Irlande, le 7 mai 1915 14h 25. Il y a 1 265 victimes dont 128 américains sur les 200 embarqués (760 rescapés dans une eau à 13°).
6 avril 1917 – Entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne.
Août 1918, l’état-major américain souhaite louer quelques hôtels sur la Côte d’Azur afin d’offrir un peu de repos à ses soldats durement éprouvés sur le front. Quelques palaces, fonctionnant encore pour recevoir des clients, sont sélectionnés comme lieux d’hébergement tel à Menton le Riviera Palace, l’hôtel des Îles Britanniques, le Garavan Palace, le Beau-Rivage à Garavan. Octobre 1918, on adapte l’hôtel d’Orient comme hôpital-arrière. Il reçoit un bloc opératoire reparti dans plusieurs chambres et salons, divers laboratoires d’analyses et les bureaux d’approvisionnement complètent l’utilisation des lieux. Les blessés ne font que passer pour y être opérés. L’Orient Palace devient Hôpital d’évacuation n°49 (U.S. Evacuation Hospital n°49). Une fois opérés, les jeunes américains sont dirigés vers des annexes pour leur convalescence : hôtel d’Italie - hôtel des Anglais réservé aux officiers - hôtel de Grande Bretagne - hôtel des Mouettes, (rue d’Adhémar de Lantagnac) réservé pour les convalescents de confession israélite - Le Garavan-Palace (avenue Blasco Ibanez). Le Winter (1 000 lits), aménagés à cet effet ne sera pas utilisé, la guerre vient de finir ! Il existe également deux établissements : l’hôtel Bellevue (pour l’état-major et la pharmacie) et l’hôtel de Venise pour loger les officiers du corps médical. Il est même envisagé la création d’un cimetière qui leur soit dédié à Carnolès-Plage. Après le 11 novembre, il faut songer à rentrer au pays. l’American Expeditionary Force offre une permission de 15 jours à chacun de ses soldats avant leur départ. Pour Menton, blottie entre l’Italie et la Principauté de Monaco la demande est importante. Combien d’hôtels ? Parmi ceux-ci, le Riviera Palace, les Îles Britanniques, Excelsior-Hôtel (5 avenue Carnot) Garavan-Palace, Cécil Hôtel (actuel El Paradisio) et Beau-Rivage à Garavan… Combien d’autres ? Aucun chiffre global ne peut donner une estimation exacte des « yank’s » qui ont séjourné à Menton (aucun soldat de couleur). Entre 15000 et 20000 ? (1).
Le pont Saint-Louis et Grimaldi sont très prisés (seules destinations autorisées en Italie) ainsi que la Principauté et Beausoleil. Ces soldats y vont en train, en tramway ou par convoi automobile. Il y a aussi le cap Martin ou le vieux village typique de Roquebrune à découvrir. Le Kursaal-Casino (actuel Palais de l’Europe) est loué par la Youg Men Christian Association. La YMCA y organise des manifestations culturelles (théâtre), du music-hall ou bien sportives (pistes de patins à roulettes ou combats de boxe). Les bals sont les plus courus mais, il manque des cavalières malgré les petites annonces par voie de presse. Pourtant n’ont-ils pas fière allure ces soldats avec leur « belle-gueule » de cinéma, leur tenue kaki impeccable et leur chapeau de « cow-boy », pour les officiers, le colt au ceinturon. Les Mentonnais découvrent le chewing-gum, les cigarettes américaines et le coca-cola.
Cette parenthèse américaine se termine fin juin 1919 en ayant amélioré les finances de nos hôteliers !
.
(1) Monaco et Beausoleil, autre centre de permissionnaires américains similaire, comptabilise entre fin décembre 1918 et fin avril 1919, 37 hôtels, 15 pensions meublées et 20 215 « invités » (soldats) selon la lettre adressée au Prince Albert 1er par le ministre monégasque, R. Le Bourdon, le 30 mai 1919.
.
D’AMERICÀ À MENTAN : 1918-1919
.
Dou Lusitanià fint à l’Orient Palace
.
Ou batéu aleman U 20 prefounda ou bastiment Lusitanià luegn de r’Irlanda, ou 7 dou mese de majou 1915. I san stache 1 265 vìtime de que 128 eran americà tra u 200 embarcà (760 scapourà ente r’aiga à 13°).
6 dou mese d’abrì 1917 – Ra guerra du Stati ùniti d’América coantra r’Alemània ese dequiaràia.
Aoust 1918, ou statou-majoù american vouhe afità quarque oustarìe sus’ a Coasta d’Azur pèr regalà un poc de repaus ent’ u se sourdati qu’eran stach pran marcà da guerra. Quarque palassi, que founciounavan encara pèr recheve de cliente, san cernà per alojou tale, à Mentan, ou Riviera Palace, les Iles Britanniques, ou Garavan Palace, ou Beau Rivage à Garavan. En outoubre 1918, r’Hôtel d’Orient es amenajà pèr siervì d’ouspità en ràire. Ente pran de stànsie e saroù, san ourganisà ra sara d’ouperacian, u labouratori pèr fà re analise e u oufici pèr u prouvisiounamente. U ferì i stan ou temp nechessari per r’ouperacian. R’ Orient Palace deventa Ouspità d’evacuacian n° 49. Coura san stache ouperà, u jouhe americà san menà ente d’anesse pèr ra soua counvalescensa : ousterìa d’Italia - ousterìa du Inglese pèr u ouficìe – Hôtel de Grande Bretagne - Hôtel des Mouettes pèr u counvalescente ebréi – ou Garavan Palace, avengùa Blasco Ibanez. Ou Winter Palace (1000 lieche), amenajà pèr u ferì, noun serà nan utilisà perqué ra guerra venìa de fenì ! I eran tamben dou stabilimenti : r’Hôtel Bellevue (pèr ou statou-majoù e ra farmacìa) e r’Hôtel de Venise (pèr loujà u ouficìe dou coarp du médiqui. Ese meme stach envisajàia ra creacian d’un cementeri pèr elu sourete à Carnourés-Piaja. Apréss ou 11 de nouvembre, ha carshù que pensessan à revenì da elu. R’American Expeditionary Force regala una permissian de 15 jorne à cada-un du se sourdati avanch ra soua partença. Pèr Mentan, cantounàia entra r’Itàlia e ou Prenchipatou de Moùnigou, i es una damanda empourtenta. Quante d’oustarìe ? Nou i es menga de chifra gloubale que pouhe dounà-nou una stimacian esata du americà que han soujournà à Mentan ; Da 15000 à 20000 ? (1)
Ou Poant San Louis e Grimaldi san pran aprecià (sourete luegue de vìjhita permetù en Itàlia) e tamben ra Prenchipautà e Bersourelh. Aquestu sourdati van dam’ ou tren, en tram o dame quarque vature ‘n-ensém. A descurbì i san tamben ou Cab Marten o ou vielh païsoat tìpicou de Rocabruna. Ou Kursaal-Casino es afità da ra Young Men Christian Association. Ra YMCA i ourganisa de manifestacioù culturale, mùsica, teatrou o spourtive (piste pèr u roller o u coumbà de boxa). U balete san ou mài recercà ma e garçoune mancan aloura que ‘n han cercà dame r’ajutou dou journale. En tant avìan una bela andahura aquestu sourdati que semelhavan d’artiste de cinemà, dam’ a soua tengùa kakì empecàbile e ou sen capé de cow-boy pèr u ouficìe, ou rabatin ent’ ou scourrasen. U Mentounasque han descurbì ou chewing-gum, re cigarete americane e ou coca-cola.
Aquesta parentesi americana ese coumpìa à ra fen dou mes de San Jouan 1919 ; u oustelìe han poushù milhourà re soue finance !
Revirada Solange Mongondry Barbéris, Felibressa mentounasca-SAHM


Portfolio