Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
Rosa, rosa, rosam ...

Le Latin, cet ennemi !

Par Denise Capponi-Peillex
mercredi 18 septembre 2019

LE LATIN, CET ENNEMI !
.
« Tu vas apprendre le latin, ça t’aidera dans la vie, tu verras. Et puis, tu comprendras les prières, les cantiques », insistèrent mes parents. Soit, j’étais convaincue.
Au début, j’étais curieuse d’en découvrir les déclinaisons, d’y retrouver les racines des mots usuels. Les soeurs Valadier, professeurs, étaient douces, gentilles. Mais, plus tard, j’ai pris ces cours en horreur, car les textes à traduire consistaient uniquement en des faits de guerre : le « De bello gallico », le ‘De viris illustribus », ouvrages utilisés au quotidien, sont vite devenus des ennemis, d’autant que l’air sévère du professeur, Madame Carbonnier, me terrorisait, au point de me rendre muette à chaque interrogation.
Je suppliais mes parents d’intervenir, afin de me libérer de ces souffrances. Ce ne fut pas facile, mais, finalement, j’obtins un mot, en ce sens, pour le professeur. « Caponiiiii, tu vas garder le latin, car si tu vas en Afrique, que tu te trouves un jour avec un missionnaire, tu pourras parler avec lui ». Ce fut sa réponse, inattendue, pour le moins. J’étais perplexe, peu convaincue. Cependant, mes parents ne savaient pas s’opposer à la décision du professeur qui, contre mon gré, pour des raisons improbables, me garda dans sa classe. Alea jacta est.
Les années, les décennies passèrent et, allez savoir pourquoi, cette phrase conjecturale de Mme Carbonnier n’a cessé de me hanter : « Capponiiii, si tu vas en Afrique… Que tu te trouves avec un missionnaire… » Et voilà que, dans les années 90, lors d’une visite au Monastère de l’Annonciade, j’ai rencontré un franciscain, Frère Georges, qui me dit, dans la conversation : « Je suis missionnaire en Afrique… ». Je jubilais. Deo gratias.
Dans ma tête, ça a fait tilt. Mes yeux ont dû s’écarquiller. J’étais médusée. Les paroles prophétiques du professeur de latin allaient-elles se réaliser ? Enfin, pas en Afrique, mais à Menton. Après tout…
Je brûlais de savoir :
« Et vous parlez latin ?
Oh non, depuis le concile de 65, plus personne ne parle latin. » Ce fut sa réponse, sans appel.
Quelle déception, même si, soyons réalistes, depuis tant d’années d’oubli, j’aurais été bien incapable, non seulement de participer à une conversation, mais pas davantage d’aligner deux mots sans faute. A la limite, j’aurais pu chanter la chanson de Jacques Brel : « Rosa, rosa, rosam », qui n’aurait pas été de circonstance, avouons-le.
C’est ainsi que les hypothétiques prophéties du professeur ne se sont pas réalisées à ce jour. Toutefois, dans mes cauchemars, il m’arrive encore de la retrouver, pointant son doigt sur moi, tremblante de peur : « Capponiiii, si un jour tu vas en Afrique… »
Eh bien non, je n’ai pas la moindre envie d’aller en Afrique, d’autant que les missionnaires ne parlent plus latin, ni moi non plus, d’ailleurs. Excusez-moi. Sans rancune, Mme Carbonnier. Requiescat in Pace !
Denise Capponi-Peillex
.
OU LATEN, AQUELOU NEMIG !
.
« Empareral ou laten, t’ajuherà ent’a vita, viral. E puhi, capisheral e preguiere, u cantique », han ensistù u me parente. Que siegue, era counvinta.
Au coumençament, era curiousa de descurbì-n’en re façoù de di una mema paraula d’apress ra soua piaça ent’a frasa, de retrovà r’origina de paraule usuale. Re soarre Valadier, proufessoù, eran dousse, brave. Ma, pu tardi, hai pilhà aquelu studi en ira, perqué u testu da revirà counsistavan unicament en fati de guerra : ou « De bello gallico », ou « De viris illustribus », obre utilisàie cada jorn, san vitou devengù de nemigue, de mai que r’aspet severou dou proufessoù, Mma Carbonnier, me terourisava, talamente que mi deventava muta à cad’enterrougacian.
Hai suplicà u me parente d’entervenì, pèr liberà-me d’aquestu patimente. Noun ese stach pran fàchile ma, finalament, hai óutengù una letrina pèr di acò ent’ou proufessoù « Capponiiiii, deve servà ou laten, perqué se tu val en Africa, que tu scoantre un jorn un missiounari, pourreral parlà dam’elou ». Ese stach ra soua respoasta, descouncertanta, pèr ou menou. Noun era gaire counvinta, pa segù. Entant, u me parente noun sabìan oupousà-se à ra decisian dou proufessoù que, coantra ra mia voulountà, pèr de rajoù emproubàbile, m’ha servàia ente ra soua classa. Alea jacta est.
U anne, re decenìe san passà e, ané à sabé perqué, aquesta frasa presumàia de Mma Carbonnier m’ese sempre tengùa da ment : « Capponiiiii, se tu val en Africa… que tu trove un missiounari… ». E vequì que, ent’u anne 90, aloura d’una vìjhita à ra Nounciata, hai scountrà un francescan, Fràire Georges, que me dì, durant a counversacian : « Su missiounari en Africa… ». E mi jubilava. Deo gratias.
Hai pensà : i sema ! U me uelhe devan s’esse alargà. Mi era sbalourdìa. Re paraule proufétique dou proufessoù de laten se realiserìan ? Anfen, pa en Africa, ma à Mentan. Perqué nan ?... ‘n’avia madatardi de sabé :
« E parlé laten ?
Eh nan ! despuhi ou councìliou de 65, nushen noun parla pu laten. » Ese stach ra soua respoasta.
Que decepcian, meme se, nou car esse realiste, despuhi tantu anne de desmentegança, serìa stacha ben encapacha, nan soulament de partichipà ent’una counversacian, ma pa mai d’enregà doue paraule sensa faute. Forshi aurìa pu cantà ra cansan de Jacques Brel : « Rosa, rosa, rosam… » que noun serìa stacha adatàia ent’ aquelou moument, ou recounoushou.
Es aishì que re proufecìe ipoutétique dou proufessoù noun se san realisàie fint ancuhi. Ma, ent’u me marrì soanne, m’arriba encara de retrova-ra, me moushant dou dé, e mi tremoulenta de pahoù : « Capponiiiii, se un jorn val en Africa…. »
Ma nan, noun hai nan envéa d’anà en Africa, soubretout qu’u missiounari noun parlan pu laten, e mi manc. Scusé-me. Sensa rancuna, Mma Carbonnier. Requiescat in pace !
Revirada Solange Mongondry Barbéris Felibressa – SAHM


Portfolio

Accueil | | | | Statistiques du site | Visiteurs : 10 / 193023

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Le Coin du Mentounasc de Nice-Matin en 2019  Suivre la vie du site N°462 - Le « Coin du Mentounasc » du 14 septembre (...)   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License

Visiteurs connectés : 3