Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
La revue « Ou Païs Mentounasc » de la SAHM

8 - Le très prochain envoi du PM 173.

lundi 11 mai 2020 par Richard OSICKI

LA SOURCELLERIE AU COURS DU TEMPS
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L’eau est indispensable à la vie. Guidé par son « instinct », l’homme primitif, l’Homosapiens, cherchait de l’eau pour survivre. Il a certainement pu la « sentir » à distance, comme le font encore certains animaux.
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La science des sourciers remonte à la nuit des temps.
La recherche d’eau à l’aide d’une baguette en bois en forme de fourche à deux branches était déjà pratiquée en Chine, il y a plus de 4000 ans. Dans l’ancienne Egypte, ce sont des pendules en bois qui servaient aux grands prêtres pour les divinations. C’est ce qui explique pourquoi, plus tard, la « sourcellerie » sera baptisée « rhabdomancie » (du grec rhabdos, baguette, et manteia, divination).
Les Romains aussi étaient sensibles aux réactions du pendule ou de la baguette divinatoire : Romulus prophétisait avec un bâton augural, de même que Pythagore et les sourciers-rhabdomanciens romains précédaient toujours les légions pendant leurs expéditions en Gaule afin de leur trouver les sources d’eau potable.
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Sourciers et sorciers !
Au début du Christianisme, la sourcellerie fut pourtant considérée comme une pratique interdite, une pratique de sorcellerie car le sourcier était directement en contact avec les forces telluriques. Or, celles-ci étaient jugées démoniaques ! Et comme aucune explication ne pouvait être donnée aux mouvements des baguettes ou des pendules, détecter une veine d’eau souterraine ou retrouver une borne enfouie sous la terre, c’était de la sorcellerie pour le profane.
Cependant, beaucoup passaient outre, par intérêt et souvent par nécessité !
On pourra évoquer ici une légende locale dont l’origine est très ancienne puisqu’elle remonterait à l’an 1357. En ce temps-là, les habitants de Peille furent soudain privés d’eau, l’unique source qui alimentait le village ayant été asséchée à la suite d’un éboulement. Le seigneur des lieux s’en trouvant très affecté convoqua un jeune berger nommé Gioanin auquel on attribuait de larges dons de sourcier et même de sorcier. Le seigneur pria Gioanin d’exercer ses dons afin de rendre à Peille cette source cause de tous les malheurs.
Mais le pâtre hésitait. Consciente de la gravité de la situation, Rousetta, la fille du seigneur, s’avança vers lui, un rameau d’olivier à la main. Gioanin, lui dit-elle, prends cette baguette, devine-nous l’eau ; en échange, je te promets... mon cœur.
Le berger se laissa fléchir devant tant de grâce. Saisissant le rameau magique, il fit quelques pas dans les rochers et s’arrêta. Miracle ! La baguette tourna entre ses mains. Creusez-ici, dit-il, vous trouverez l’eau.
On se mit à creuser sur le champ : le flot espéré ne tarda pas à jaillir...
Pendant très longtemps, jusqu’au XVIIème siècle, le pouvoir de l’Eglise a voulu influer sur l’art des rhabdomanciens : elle montrait à leur égard une grande hostilité officielle... et aussi une tolérance officieuse car de nombreux religieux s’y adonnaient avec succès. Cela n’empêcha donc pas les sourciers de continuer leur recherche de l’eau... ou d’autres matériaux (or, argent, autres métaux, charbon...).

Sourcellerie : une science ?
Au XVIIème siècle, les savants sont divisés. Certains réfutent l’art du sourcier, d’autres l’acceptent. C’est le cas dans le « traité de la baguette divinatoire de l’abbé de Vallemont » : une gravure de 1693 présentait quatre manières d’opérer à cette époque, en tenant la baguette de quatre façons différentes. L’une d’elles décrit un sourcier qui tient une baguette de coudrier (ancien nom du noisetier), paumes tournées vers le haut et qui avance en exerçant une légère traction pour tenir la baguette en équilibre instable. Le passage sur un cours d’eau souterrain, sur un filet d’eau ou sur un courant de nappe phréatique fera sauter la baguette vers le haut ou vers le bas. Cette méthode est encore couramment utilisée par nos sourciers contemporains.
Cependant, aucune explication n’était encore donnée à cette capacité que possèdent les sourciers ; la sourcellerie est à la frontière de la science et de l’occulte car elle se sert du magnétisme (principe physique) et du rayon mental (principe de la parapsychologie) et ce n’est qu’au début du XXème siècle que des progrès sensibles ont été réalisés, depuis que le champ magnétique terrestre a été mieux compris.
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La baguette de coudrier face à la science.
Yves Rocard, ancien directeur du laboratoire de physique de Normale Sup, donne vers 1981 la réponse d’un scientifique qui étudie le sujet depuis trente ans. Il a découvert que l’homme est sensible aux champs magnétiques (biomagnétisme) et démontre que cette faculté explique le réflexe sourcier : l’organisme du sourcier réagit quand il se trouve sous l’influence d’une variation du champ magnétique.
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Sourcier : être surnaturel ?
En 2003, la question a été posée à Michel Hennique, un sourcier de Mougins dont le grand-père était déjà sourcier. Un don dont il aurait hérité ? « C’est plutôt une particularité, presque une anomalie physiologique, due au magnétisme présent dans les articulations du corps » explique-t-il. « En sept points du corps, la concentration des cristaux de magnétite des sourciers est supérieure à la moyenne. C’est elle qui réagit aux variations des champs magnétiques » ajoute-t-il.
Quand l’eau est en mouvement, les frottements de l’eau sur la roche induisent un courant d’électro-filtration, auquel est associé un champ magnétique. C’est celui-ci qui agit sur le sourcier. Il faut donc qu’il y ait mouvement de l’eau
pour que celle-ci soit détectée.
« Ensuite, ni le pendule, ni la baguette ne décident, c’est le cerveau qui envoie des signaux à mes bras. Ces derniers ressentent alors une forte tension et se raidissent » assure Michel Hennique. C’est à ce moment-là que la baguette se met en mouvement. « Les baguettes n’ont aucun pouvoir, elles sont juste des amplificateurs. »
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Et le matériel ?
Puisque les baguettes ne sont que des outils, l’utilisation du noisetier n’est pas primordiale. On s’est d’abord servi du frêne, du saule, même du figuier mais, aujourd’hui, elles peuvent aussi être en acier, en rotin, en fibre de verre ou en matière plastique.
Les baguettes sont des outils mais on peut s’en passer : c’est ce que réalise Michel Hennique qui travaille de plus en plus à mains nues : « Quand mon pied franchit la rive souterraine du cours d’eau, qui est comme une rivière, je sens mes poignets qui se contractent, du froid au creux des paumes et mes mains qui se rapprochent comme les antennes ». Un autre sourcier l’affirme aussi, en ajoutant : « les baguettes ne font qu’amplifier ce que je ressens dans mon corps et dans mon cerveau. Mais, sans matériel, les gens ne me prendraient pas au sérieux… »
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Et maintenant ?
Traditionnellement, la méthode du sourcier était la seule qui permettait de rechercher des eaux souterraines. Maintenant, on a mis au point des techniques scientifiques plus modernes associant analyse cartographique et méthodes géophysiques très sophistiquées.
Cependant, la guerre entre sourciers et hydrogéologues ne devrait pas avoir lieu si chacun sait rester humble dans son domaine. La sauvegarde de l’eau, ressource essentielle de la vie, en est l’unique objectif.
Richard Osicki
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Sources

  • Baguettes et pendules – Dr J. Regnault – Ed. Payot
  • Alsace Terre de Sourciers - A. Landspurg – Editions du Rhin 1990
  • Nice-matin : éditions du 03/08/1988, du 09/04/2003, du 05/02/2019

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