Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
LE COIN DU MENTOUNASC DANS NICE-MATIN

Hommage à Albertine Moschetti – Sœur Marie-Claude

Texte de René Deverdun, revirada de Solange Mongondry Barberis
lundi 25 mai 2020

Moulinet - Une vie au service des autres :
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HOMMAGE À ALBERTINE MOSCHETTI – SŒUR MARIE-CLAUDE (1921-2018)
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C’est dans l’obscurité de la ruelle voûtée et aveugle du château, à l’ombre de l’église Saint Bernard que naquit Albertine d’une famille de paysans pauvres : j’aurais aimé pouvoir écrire « vit le jour » !
Moulinet était alors à son apogée, résultat du travail incessant de ses valeureux habitants qui, au cours des siècles avaient marqué leur paysage si abrupt de leurs innombrables « planches » labourables et de leurs granges : la pierre, le magail, le mulet, les bêtes, voilà leur vie, soutenue par une foi fervente qui les fit élever de concert Eglise, chapelles votives à rogations puis moulin, écoles, lavoirs et four banal.
Les cantiques, l’harmonium pouvaient transpirer des murs épais de l’église, les crécelles des « esténèbres » claquer aux oreilles de l’enfant. Le vent lui apportait aussi le trissement strident des nuées d’hirondelles chassées du clocher par le carillon de Barba Doumé.
Mais la respiration du village passait par la rue, sonore du fer des mulets à l’aube : « anas d’amoun » ? du bêlement des troupeaux à clochettes et clarines le soir, frôlant les murs de l’église jusqu’à les user au passage.
Parfum familier aussi des bêtes, du foin ramené, de la lavande, du bois ; inoubliables émotions pour la petite fille qui entendait, re-sentait tout, mais ne verrait pas…
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Albertine était entrée à l’institut des aveugles de Marseille à l’âge de 6 ans, si loin de son village ; même son chien n’avait pas survécu à son absence… Dans son parcours de scolarité, la musique, sa passion, prit une grande place : dans son enfance, Lucienne Deverdun alors jeune estivante à Moulinet ne lui avait-elle pas offert son premier violon par une collecte le jour du festin ! Elle a approfondi cet art au conservatoire de Marseille, et, devenue religieuse de l’ordre de Marie Immaculée en 1944, elle n’a cessé en tous lieux où elle fut envoyée, Toulouse, Nancy, Rouen, Nice, préférant l’action à la contemplation, de faire partager ses compétences en musicologie ; enseignant l’harmonium, l’orgue et créant chorales au service des aveugles avec amour et énergie ouvrant au monde des « rencontres de vivre ensemble ».
De son voyage au cœur des ténèbres, Albertine revient au village 97 ans plus tard, par les gorges profondes de la Bévéra, elle passe le pont de la Menour, chapelle mythique tant implorée, si consolante. Les cloches la précédent : « Sœur Courage » la petite fille est de retour… Sa terre l’attend.
René DEVERDUN
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Moulinet – Una vita
ALBERTINA MOSCHETTI – MOÙNIGA MARÌA-GLAÙDIA (1921 – 2018)
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Es ente r’ouscurità dou carrouje voutà e borni dou Casté, à r’oumbra da guieijha San Bernard, qu’Albertina ese naishùa ent’una familha de païsà paure : aurìa voushù scrive « ha vist ou jorn » !
Moulinet, ent’aquelou temp, s’i stasìa ben, era ou resultatou dou belou travalh d’u se valerouse gente que, durent u sécouli, han moudificà ou sen païsage aishì tant à pic dame re soue numerouse « fàishe » lauràbile e u se granìe : ra peira, ou magalh, ra sauma, re bèstie, fan ra soua vita, soustengùa pèr r’ajutou d’una fede fervente que ha permetù d’edificà en meme temp Guieijha e capele votive à rogacioù ; pùhi mouren, score, pesquiere e fourn coumunale.
U càntiqui, r’armòniou pouvìan passà à travers re muralhe spesse da guieijha, u criahoù de « ténebre » petà ente re aurelhe de r’enfant. Ou vent ri pourtava tamben ou sguij strident du shame de roùndoure scassegàie dou campanen pèr ou trenen de Barba Doumé.
Ma ou respirou dou païsoat passava pèr ou camen tout remourous dou ferre d’u mu à r’arba : « anas d’amoun » ? d’u beament de strope à campanine e campanete ra sera, rasquient re muralhe da guieijha fint à frusta-re en passent.
Audoù familiari tamben de bèstie, dou fen recampà, da revèndoura, dou boasc ; enscourdàbile emoucioù pèr ra pichouna que sentìa, re-sentìa tout, ma que noun verà mài…
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Albertina era anacha à r’istitutou d’u borni de Marselha à 6 ane, aishì tant luegn d’où sen païsoat ; meme ou sen can noun ha poushù campà apréss ra soua partença… Ent ou sen percours de scora, ra mùsica, passian soua, ha tengù una piaça empourtanta : ent’ a soua enfança, Lucienne Deverdun jouhe stivanta à Moulinet ent’ aquelou moument ri ha regalà ou sen primou vioulin en fasent una couleta ou jorn dou festen ! Ela ha proufoundì aquestou art en anent au Counservatori de Marselha, e, deventà moùniga de Maria Imaculata en 1944, noun ha mài chessà de jugà ente tout u luegue douna ese stacha mandàia : Toulousa, Nancy, Rouen, Niça aiguent pu de cà r’acian que ra countemplacian, fasìa ou partiment de soue coumpetence en musicologìa ; ensegnent r’armòniou, r’oùrganou e creent de còrou au siervici du borni dame amoù e energìa, durbent au moundou de « encontrou de campà ‘n ensém » .
Dou sen viage en miej de ténebre, Albertina reven ent’ ou sen païsoat 97 ane pù tardi, passent pèr re valade proufounde da Bévera, ela passa ou Poant da Menour, capela mitica tant pregàia, aishì counsoulenta. Re campane ra prechedan : « Moùniga Couraje », ra garçouneta ese de retorn … Ra soua terra r’aspera.
Revirada Solange Mongondry Barberis


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