Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
LE COIN DU MENTOUNASC DANS NICE-MATIN

« Les Pommes d’Amour » de la traditionnelle fête foraine

Texte en Français de Roger Gilli et revirada en Mentounasc par Solange Mongondry Barbéris
jeudi 4 février 2021

Janvier  : c’est le mois de la fête foraine à Menton. Vers le milieu des années cinquante, la fête foraine s’installait près du marché couvert puis sur l’esplanade du Carei et l’ancienne voie du tram. Le dimanche après-midi nous y allions en famille.
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LES POMMES D’AMOUR
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Mon père me payait quelques tours de manège et, parfois, le grand huit où il venait avec moi, pendant que ma mère gardait ma sœur encore bien jeunette. Grand huit où la peur me gagnait quand le wagonnet se trouvait tout en haut, presque à la hauteur des toits des immeubles avoisinants. Puis, le souffle coupé, quand il plongeait dans le vide et que je m’agrippais à la barre de protection comme une arapède à son rocher.
On se promenait entre les attractions qui drainaient les curieux : Teresina la femme la plus grosse du monde, des hommes forts comme des turcs qui soulevaient d’énormes poids ou bien ces motocyclistes, au guidon de leurs machines pétaradantes, qui tournaient à grande vitesse sur une piste cylindrique, dans l’odeur âcre des gaz d’échappement. Lieux où je ne pouvais aller, faute de moyens, les sous étant rares dans nos poches.
Puis il y avait ces baraques dont les odeurs se répandaient très loin et qui m’attirait, gourmand que j’étais : parfums de crêpes, de gaufres, de sucre de barbe à papa ou de caramel et de toutes ces friandises qui font saliver.
Il y en avait une qui me faisait rêver, je pensais que ce devait être une merveille, que sous sa couleur rouge brillant devait se trouver une pulpe onctueuse, parfumée à point, gouteuse à souhait : la Pomme d’Amour !
La Pomme d’Amour, quel joli nom pour une friandise, n’est-ce pas ? Combien de fois ai-je pleurniché pour en obtenir une, combien de fois les parents ont refusé, me disant que ça ne valait rien et que je serai déçu. Rien n’y faisait !
Un jour ma mère en eut assez de m’entendre grogner et me dit : « Je vais t’en acheter une, mais si tu ne la manges pas je te la colle dans les cheveux ! » Fier comme Artaban je me suis saisi du bâtonnet fiché dans l’objet de mon désir et mordis dedans, empressé d’y trouver le paradis !
Le caramel rouge était dur comme une coquille de noix ! Quand j’ai pu le casser avec mes dents j’avais les lèvres écorchées, puis quand j’ai attaqué l’intérieur : quelle déception ! La pomme était crue, sans goût, un fruit de mauvaise qualité. Ma mère m’avait à l’œil avec son regard noir des mauvais jours. Je savais bien ce que je risquais, alors j’ai tout mangé, malin comme j’étais. J’ai même croqué le trognon et les pépins, jetant, triomphant, le bâtonnet au caniveau.
De retour chez nous je me regardai dans un miroir, le “museau” était rouge du colorant du caramel, un sourire aux lèvres sous le regard de ma mère dont la main lui brûlait de l’envie de m’en allonger une. Plus jamais je n’en ai réclamé !
Bien plus tard, à la Foire du Trône à Paris, j’en offris une à Louise qui ne connaissait pas cette “Merveille”. Nous étions encore que des amis dans une bande de jeunes provinciaux venus dans la capitale, pour travailler dans la fonction publique, fonctionnaires nantis rétribués grassement au SMIG, dans l’attente d’une mutation bien lointaine quelques fois. La pomme d’amour, Louise l’a rapidement jetée au diable disant que le fruit n’était même pas bon à donner aux poules, pendant que je riais ton mon saoul en me remémorant mon expérience.Elle ne riait pas en colère qu’elle était !
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Moralité :
Il ne faut pas se fier aux apparences, l’intérieur est souvent moins beau que l’extérieur.
Les gourmandises sont comme les femmes : ce ne sont pas les plus belles qui donnent le plus de bonheur !

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Roger Gilli (IEO-06)
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RE MERE D’AMOÙ
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Genarou : ou més da festa da fiera à Mentan. Vers ra mitan du anne cinquanta, ra festa da fiera se stabelìa à coustà dou merca puhi ent’ou ver de Carei. Ou duménigue d’apréss-diernà i anavan en familha.
Moun pàire me pagava quarque giri de jòstria e, de vote, ou grann-vech douna venìa dame mi, en tant que ma màire velhava susa ma soarre encara ben pichouna. Grann-vech douna ra pahoù me pilhava quoura ou vagounet se trovava au soubran, scàijhi à ra mema autessa qu’u teche de bastisse avesinante. Puhi, avìa ou fiat talhà, quoura tufavan ent’ ou vuhi e que m’agrampava à ra barra de proutecian couma una patela à ra soua roca.
Anavan de çà en là entra re atracioù que atiravan u curiouse : Teresina, ra frema ra pu grossa dou moundou ; d’ome foarte couma de turqui que sourlevavan de pese pran grosse o encara aquelu moutoucicliste, menent re soue màquine peteadente, que viravan ou pu vitou poussìbile sus’una pista cilendrica, ente r’audoù àspera du gaze d’escapament. Ent’aquelu luegue noun pourìa nan anà, per manca de poussibilità, u sòu eran rà ent’e noaishe bourniere.
Puhi i eran aquele barraque dame re soue audoù que se spantegavan pran luegn e que m’atiravan, burbant que mi era : audoù de pasta-fricha, de bresca, de sùcarou de « barb’ à papa » o de caramela e de toute aquele lecounarìe que fan venì r’aiga en bouca.
I’n era una que me fasìa ensounà-me, me venìa ‘n ou ment que devìa esse una maravilha, que souta ra soua couroù roussa lusenta devìa trovà-se una pourpa sueri, parfumàia just couma se car, gustousa couma un se r’augura : ra Mera d’Amoù !
Ra Mera d’Amoù, que belou noum pèr una lecounarìa, n’é vé ? Quante vote hai piourinà pèr avé ‘n en una, Quante vote u me parente han refusà, disent que ‘n avìa menga de valouta e que mi serìa dessaupù. Ma noun vourìa creire-me-rou !
Un jorn ma màire stanca de sentì-me rougnà me di : « Vagou à cata-te ‘n en una, ma se tu noun ra manja te r’empegou ent’ u cabelhe ! » Fierou couma Artaban me su agantà ou bastounet ficà ente r’oujet dou men desideri e r’hai mourdù, spreishà de trovà-ri dintre ou paraïs !
Ra caramela roussa era dura couma una sgùercha de noas ! Quoura hai poushù roumpe-ra dame re mìe dente avìa e labre peràie, puhi quoura hai atacà ou dedintre : que decepcian ! Ra mera era cru, sensa gust, una frucha de marria qualità. Ma màire me gardeava dame ra soua uelhada du marrì jorne. Sabìa ben ço que mi riscava, aloura hai manjà tout, furb couma mi era. Hai meme scrushà ou calouss e re granete, foutent, triounfant, ou bastounet ent’ ou canalet.
De retorn da nautre, me su gardeà ent’ou miralh, ou mourre era rouss da couroù da caramela, un souguigne sus e labre souta r’uelhada de ma maire qu’avìa envéa de mandà-me una lourda. Noun ‘n hai mai pu requiamà !
Pran de temp pu tardi, à ra Fiera dou Tronou de Paris, en hai regalà una à Louisa que noun counoushìa aquesta « Maravilha ». Eran encara qu’amigue ent’una màniga de jouhe prouvenciali vengù ent’ a capitala pèr travalhà ent’ a founcian pùblica, founciounari nantì pagà largament au SMIG, en asperent una mutacian quarque vote ben luegn. Ra mera d’amoù, Louisa r’ha ben vitou jetàia au diàu en disent qu’ou fruch n’era manc ban pèr e galine, e mi m’en arreìa pran en avisà-me ‘n en ra mìa speriença. Ela noun s’en arreìa nan, talament era embilàia !

Mouralità :
Noun car pa fià-se ent’e aparence, ou de-dintre ese souven menou belou qu’ou defoara.
Re burbantarìe san couma e freme : noun san pa e pu bele que dounan ra pu granna felichità !

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Revirada Solange Mongondry Barbéris


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