Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
UN PETIT TOUR DANS NOS ANCIENS « OU PAÏS MENTOUNASC »

C’était dans le PM 105 : La Première Bataille de Fleurs (14 Février 1905)

Un texte lu dans « Le Journal de Menton du 16 février 1905 »
samedi 13 mars 2021

LA PREMIÈRE BATAILLE DE FLEURS
14 Février 1905

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Une fois de plus les Mentonnais auraient mauvaise grâce à se plaindre du temps qui s’est montré bon prince et généreux toutes les fois qu’il s’agit d’une fête des fleurs. Ainsi la délicieuse journée, ensoleillée à souhait, du 14 courant, comptera dans les annales de notre ville de saison d’autant plus qu’elle fut presque une surprise, arrivant soudainement après une froide. En effet, à la suite d’une charmante quinzaine de jours d’une douceur exceptionnelle, faisant penser à un printemps précoce, un vent cinglant et chargé de froidure n’a cessé de souffler pendant toutes les longues et si pénibles heures du 13 février. Les amandiers en fleurs, parsemés dans nos champs et nos vergers ont dû mortellement souffrir de ce retour intempestif et inattendu des frimas.
Il nous est impossible d’évaluer la foule d’étrangers et de Mentonnais que cette première bataille de fleurs avait attirés sur la promenade du Midi. […]
Les tribunes étaient bondées, admirablement animées, joyeuses aussi, presque bruyantes parfois, au passage des voitures et des chars attendus ou sympathiques, de telle sorte qu’il existait l’harmonie la plus complète, la plus désirable, entre le but de la réunion, les fleurs qui fendaient l’air pour atteindre le but choisi, les voitures qui passaient lentes et jolies, les costumes des dames et les visages traversés d’un sourire souligné par les dents brillantes et humides comme des fleurs blanches baignées de rosée.
Si les gelées de janvier avaient fait craindre un moment pour la première bataille de fleurs, un tout petit succès d’estime, on a pu constater que ces craintes étaient illogiques, vaines ; le succès de la première réunion mondaine de la saison a été indiscutable et absolu. […] Les projectiles parfumés, lancés d’une main ferme, mais toujours avec une certaine grâce, accompagnés parfois d’un mot gai ou d’un compliment charmant et spontané, ne sont-ils pas une attraction pour les victimes bénévoles et heureuses plutôt qu’un épouvantail et un danger ? Il en est ainsi vraiment parce qu’ils conservent et emportent avec eux quelques-uns de ces doux et aimables rayons de soleil qui les a fait éclore en quelques heures et un peu de la grâce, des sentiments et de l’individualité de la personne qui les répand autour d’elle, de sorte que grands et petits, jeunes et vieux, demoiselles et mères de famille peuvent y prendre part, y mettre du leur, répandre de leur joie et en accepter en échange.
Le cérémonial usité en pareil jour a été scrupuleusement observé. A deux heures, les voitures ont été admises sur la piste où elles étaient impatiemment attendues, précédées par les gendarmes à cheval, les pompiers astiqués et brillants portant les bannières et la fanfare du 27e alpins.
Immédiatement la bataille a commencé. Elle a duré jusqu’à quatre heures, prenant à certains moments des proportions épiques.
Beaucoup de voitures ornées de fleurs et de feuillages ont été remarquées et elles le méritaient bien car leur décoration était distribuée avec beaucoup de goût et de sobriété. Une mention spéciale est due au grand break où tout un essaim de jeunes Anglais et de jeunes misses en costumes blancs avaient pris place. The Innocents abroad disait un petit étendard blanc placé à l’arrière de la voiture qui disait exactement ce que ces aimables personnes entendaient faire : s’amuser tout bonnement comme des gens simples et sans arrière-pensée. Non moins remarqué fut le beau landau décoré de giroflées lie de vin pâle et d’immenses tournesols d’une richesse de couleur éclatante. Les voitures du comité ont été très appréciées et ont montré l’excellente organisation de l’ensemble et des détails de cette charmante réunion printanière.
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A quatre heures, le Jury a procédé à la distribution des bannières aux véhicules décorés dans l’ordre que voici :
1) Grand break garni de mimosa : The innocents abroad, à M.O. Straugh Bessy, princesse Engalitcheff, Misses Ardisson, docteur Roberts, Mlle Stuart, Mlle Vilona de Fay.
2) Victoria en narcisses, jonquilles et giroflées, à M. Janot, Mme Douare et Mlle de la Pérouse.
3) Victoria en giroflées et mimosa, à M. et Mlles Bottorndley.
4) Vis à vis en mimosa et giroflées blanches et rubans blancs et crème, à M. et Mlle Dorian de Southeney.
5) Victoria en sparagus, piquée de giroflées variées, à Mme et Mlle Gretchen Neebe.
6) Char-à-bancs en mimosa, œillets et giroflées au baron et à la baronne Kleiffus.
7) Landau en sparagus, œillets, jonquilles et héliotropes, au comte et à la comtesse Somsich.
8) Landau en mimosa, jonquilles et gros tournesols, à Mme Chubley, Mlle Gelas et Mlles Bertrand.
9) Panier avec dôme en verdure et mimosa, à Mme Tate.
10) Victoria avec riches bouquets de mimosa et violettes, à Mme et M. Guérard et Mlles Cambey.
11) Victoria en mimosa et violettes avec rubans jaunes, à M. Rossmann et Mlle Keepert.
12) Victoria en giroflées et violettes, à Mmes Madge et Richard.
13) Calèche en mimosa et violettes, à M. et Mme Racine, de Marseille.
14) Victoria en giroflées rouges et blanches, rubans assortis, à Mme et Mlle Massa et Mlle Mathurié.
15) Victoria en giroflées blanches avec rubans de riches couleurs, à Mlles Maraldi et Mlle Chublay.
16) Victoria en giroflées blanches et rouges à Mme de Coivray.

« Le Journal de Menton du 16 février 1905 »


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