Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
LE COIN DU MENTOUNASC DANS NICE-MATIN

« Autrefois... Les métiers du Vieux-Menton » « U mestìe dou Mentan-vielh »

Un texte en français de Guillaume Cerutti-Maori et la revirada en mentounasc de Mauri Osicki-Ampolini

Autrefois…
LES MÉTIERS DU VIEUX-MENTON
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C’est Guillaume Cerutti-Maori qui décrivait ainsi, dans les Annales de Menton, une journée de labeur des « mestierante » dans le Vieux-Menton d’autrefois :
« Les premiers rayons n’avaient pas encore incendié les vitres des fenêtres et doré le vieux clocher, que la cloche, après l’Ave Maria, invitait les fidèles à la première messe. Une sorte d’agitation convulsive secouait alors le pays. Gens qui se préparent pour aller aux champs, ânes à pleine charge, boutiques qui s’ouvrent, pêcheurs rentrant leurs barques… les cantonniers chargés de l’arrosage, traînant leur charrette-citerne, l’éteigneur de réverbères, le strassié en quête de chiffons, de vieilles casseroles, le chapacan les mains croisées derrière le dos tenant son lasso, la pastresse, que sais-je encore !
Femmes et jeunes filles se hâtent de vaquer aux soins du ménage avant d’aller les unes à la campagne, les autres à l’atelier.
Dans les cages-poulaillers que d’aucuns tiennent sur leurs terrasses, les coqs ont fini de chanter. Et voilà le barrilà qui, à grands coups de maillet scande sur le tonneau qu’il répare, le refrain-rengaine de l’unique chanson qu’il connaît ; sur l’enclume du ferrà, le marteau retombe et fait jaillir des myriades d’étincelles ; les pescairis, corbeilles sur la tête, circulent pieds nus par les rues, en criant « Ahi que belle ! », les préposés d’octroi, nantis de leurs couffins garde-manger, s’acheminent vers leurs bureaux, et puis voici les grelots des charrettes qui arrivent du Piémont, les claquements de fouet des conducteurs de tramways à chevaux ; l’agitation du port où l’on enlève sable, briques, huiles apportés par les voiliers, les sacs, futailles, caisses débarqués pour le compte des épiciers ; ouvrières et ouvriers des ateliers de manutention des citrons ; maçons, peintres se rendant au chantier, balayeurs ; François, le sacristain et Berna, le sonneur de cloches, ont terminé leur office. Toute une vie de ruche laborieuse, faite de travail volontairement accepté.
Et les types de la rue : Miquel del gal au coq tirant du bec la bonne aventure ; la bella Giudita la chiffonnière qui injuriait les passants ; Castagné vendant brioches, ballons et berlingots. Mestr’Aurengo chantant et déclamant ses improvisations ; Téresine allant réclamer à la poste, les plis du Colonel ; le Bardou, serrurier artisan carnavalier ; Néri le photographe inventeur de blagues. Quel bon temps !
Adieu les lavandières du Fossan, du Careï, du canal des « Eaux-Chaudes », agenouillées dans vos longues corbeilles scandant à grands coups de battoir, les vieux airs du terroir ; les marchands de chapeaux déballant, place aux Herbes, des pyramides de canotiers, chapeaux panama, jonc, paille, bonnets, bérets, feutres de toute forme ; les marchands de pastèques et de melons sur la place Nationale ; rempailleurs de chaises, vitriers, raccommodeurs de porcelaines, aiguiseurs, marchands de coco, ramoneurs !
Comme tout cela s’en est allé aussi vite que les neiges d’antan ! »
Guillaume Cerutti-Maori (1866-1955)
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Dou temp que Berta firava…
U MESTÌE DOU MENTAN-VIELH
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Ese Guillaume Cerutti-Maori, que cuntava una journàia de travalh du mestierante dou Mentan-vielh :
« U ràiou primi noun avìan encà rousseà u veire du barcoù e daurà ou campanen vielh, que sùbitou apress r’Avé-Marìa ra campana envitava ru fedele à anà à messa. Una bella agitacian scourlava ou païs : gente que se lestishan pèr anà en campagna, r’ase carregà, e butiegue que se duerban, pescahoù que streman u goussi ent’ou pouart…u cantounìe stirassan e carrete-citerne pèr aigà ou camen, u desmouarse-lume, ou strassìe fougnan de strasse, de cassarole vielhe, ou chapacan dam’e ma piatàie darraire a squina tenent un lass, a pastressa, e tant autre encara !
Freme e garçoune se spreishan de fà ou menage avanch d’anà en campagna pèr quarqu’une o pèr d’autre d’anà travalhà à r’atelié.
U gale han fenì de cantà ent’u galenìe emprouvisà susa quarque balahoù. E ahùra es ou barrilà que fà ra soua mùsica en piquent a soua masseta s’a bouta que tacouna ; puhi es ou ferrà dam’ou sen marté que reboumba susa r’encoùdine en fasent milanta belùgoure ; e pescairis, dam’e couarbe s’a testa, caminan descausse en ralhent « Ai que belle » ; u coumisse pèr u dassi, nantì de soue coufe que servan de garda-manjà, van à r’oufici ; vequì ou cant de campanete sus’e carrete qu’arriban dou Pimount, e choucade da venca du coundutoù du trame ; r’agitacian dou pouart douna se leva ra sàbia, e pignate e r’ueri menà dam’u sabiaire, puhì saque, barrì, caishe desbarcà pèr ou cuenti du specìe ; oubrié du atelié de spedician du limoù ; murahoù, pintre que van à travalhà, ramassìe. Choà rou sacristan e Berna, ou campanarou, han coumpì u se oufici. Tout una vita travalhousa...
E tamben e gente da carriera : Miquel del Gal, ou gal que tirava dou bec ra boana aventura ; a bella Giudita, aquela qu’enjuriava ru passente dam’e soue strasse ; Castagné que vendìa douçoù, baloù e grugnoti. Mestr’Aurengo que s’en canava una ; Teresine anent à posta pèr requiamà u piegue dou courounelou ; ou Bardou, serrurìe mestierant de carlevà ; Neri ou fotografou que fasìa sempre de squerse. Un ban temp tout acò !
Adìou bugahiére dou Foussan, dou Caréi, dou beà de Aigue-caude, agenoulhàie ent’e banastre loungue que cantavan cansoù vielhe dou païs dam’u còu de massa ; u marcante de capé, sus’a piaça d’Erbe, que moushavan de panama, barrete, capé bourrà ; aquelu qu’avìan à vende de pastéque e de meroù en piaça Naciounala ; rempalhahoù de banque, vitrìe, repeçahoù de pourcelana, charamourete, marcante de coco, spassahoù !
Tout acò ha despareishù, ha foundù coum’ a néu d’un temp ! »
Reviradà de Mauri Osicki-Ampolini


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