Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
LE COIN DU MENTOUNASC DANS NICE-MATIN

La légende des genêts

Rocabruna s’es avaràia Un ginest l’a arrestàia
lundi 13 décembre 2021

LA LÉGENDE DES GENÊTS
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Vous avez entendu parler des « oies du Capitole » qui sauvèrent Rome en une mémorable occasion. Le village de Roquebrune, le pittoresque, le superbe village de Roquebrune fut sauvé, lui, d’un cataclysme géologique par ses genêts ! Que des fleurs, des fleurs couleur de soleil animées d’un sentiment patriotique aient empêché que ne roulât dans la baie d’Azur leur pays natal, n’est-ce pas ravissant ? L’événement eut lieu vers l’an 638 de notre ère.
On était loin de s’y attendre ! Comme on a pu le noter chaque fois que les éléments : terre, air, feu, eau, se préparent à une révolte, les animaux en sont prévenus. Ainsi en alla-t-il pour ceux de Roquebrune et ses environs.
La veille du désastre, un silence étrange s’abattit sur la contrée. Les oiseaux ne chantaient plus. Étaient-ils partis ? Les coqs ne coqueriquaient plus. Les poules avaient cessé de glousser. Leurs poussins s’étaient, d’eux-mêmes, blottis sous elles. Et l’on vit une cavalcade singulière : toutes les vaches en liberté, et les veaux, s’étaient mis à courir à la suite des rapides chevaux qui filaient, crinière dressée. Tandis que, dans les étables, dans les prés, dans les champs, les bêtes à cornes, entravées ou jugulées, les chevaux au licol, après de vains efforts pour se joindre à l’exode de leurs congénères, se couchaient à même le sol, résignés et terrorisés. Les chiens, ces éternels fidèles, s’attachaient au pas de leur maître et, de loin en loin, tous ensemble, déchiraient, d’un lugubre hurlement, le silence étrange. Hommes et femmes, tout le monde fut pris d’inquiétude, sans parler d’un juste désespoir, car l’exode du bétail ruinait la population et, comme ils le font encore quelquefois devant une calamité, les paysans cherchaient à conjurer le mauvais sort jeté sur le village.
Seule, une jeune fille eut l’exacte prescience de ce qui allait se produire. Une jeune fille affligée de mutité ! Elle passait, même, pour un peu « simple ». Elle essaya d’avertir ses concitoyens, mais comment se fussent-ils attardés à chercher ce qu’elle voulait dire, avec ses gestes suppliants et ses cris gutturaux ? Les soucis de l’heure étaient trop graves. On se débarrassait de 1’Innocente ainsi que l’on eût fait d’un animal importun. Il y eut un vieillard, cependant, pour émettre à son sujet, en dodelinant un peu plus fort de la tête : Elle voit des choses...Il ne fut pas plus écouté. Une « demeurée », un plus qu’octogénaire... Il n’y avait qu’à hausser les épaules !
Mais que se passait-il encore ? Le tonnerre ? La fin du monde ? Une immense clameur monta de toutes les poitrines quand, soudain... la terre trembla... Le Mont Rataoù s’ébranlait. Et le grondement sinistre couvrait les voix. La tranche rocheuse qui supportait Roquebrune, violemment arrachée, roulait vers la mer... Elle roulait avec de folles secousses. Encore deux de ces secousses... une seule, et ce qui avait été des hommes, des femmes, des champs, des maisons, se trouverait précipité aux abîmes à la façon d’un vaisseau maudit. Ce fut alors, à l’ultime fraction de seconde avant le gigantesque « plouf », que se produisit ce que nul, jamais, n’avait connu et que, sans doute, nul ne connaîtra jamais plus.
Sur le moment, les témoins ne comprirent pas la nature du phénomène. Ils n’osèrent même pas se réjouir. La masse rocheuse où tenait leur village s’était arrêtée. Mais une trêve permettait-elle d’espérer la fin du cataclysme ? Sans mesurer l’énorme échancrure qui les séparait maintenant de la montagne, ils se rendaient compte, avec épouvante, de cette scission d’apocalypse. Regardez ! Regardez ! Les genêts !
Qui avait parlé ? Celle que l’on avait toujours appelée « l’Innocente » ou « la Muette » et que l’émotion avait soudain guérie ! Doigt tendu vers un immense champ de genêts, elle souriait, de son doux sourire habituel. Les genêts s’agitaient comme des vagues, comme une minuscule Méditerranée qui eût été d’or. Ils s’agitaient, furieux, tempétueux, et le sifflement de colère qu’ils faisaient entendre était bien différent de celui du vent. Le vent se taisait. Les genêts créaient eux-mêmes leur tumulte et leurs cris. Une autre diablerie ! pensèrent les paysans.
La guérison de la muette en était une, aussi, et qui aggravait leur effroi. Ils l’assimilaient à tous les signes avant-coureurs de la catastrophe. Eh ! N’avaient-ils pas raison ? De nouveau, le bloc rocheux oscillait. Mais les genêts, positivement, avaient l’air de s’agripper à lui pour qu’il se redressât.
Et puis... La roche ne bougea plus. On compta les secondes, les minutes ... Ils s’arrêtent ! C’était encore l’ex-muette, l’ex-innocente, qui parlait. Elle disait vrai. La partie était gagnée. Combattants sans orgueil, les vaillantes petites fleurs frissonnaient encore du rude effort, mais elles n’étaient plus que des genêts, ressemblant à tous les genêts du monde.
Ils nous ont sauvés ! criaient leurs concitoyens, transportés d’allégresse et de gratitude. Ce sont les fleurs du Bon Dieu ! Ainsi demeura sur ses assises, à 225 mètres d’altitude, au centre de l’agglomérat pierreux qui témoigne du séisme, Roquebrune, l’Arx bruna des Anciens, épargnée grâce à ses genêts tenaces.
Jean Portail Contes et légendes du Pays Niçois
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A LEGENDA DOU GINEST
Rocabruna s’es avaràia, Un ginest l’a arrestàia

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Avé sentì parlà de « auca dou Capitole » qu’an servà Roma en una oucasioun que noun se pouha scourdà. Ou païs de Rocabruna, ou pitouresc, ou magnìficou païs de Rocabruna è stach servà, er, d’un terramotou per u se ginest ! Que de fioù, que de fioù courou de sourelh animà da un sentiment patriòticou auguessoun impedì que ou sen païs noun serìa toumbà dintre l’ansa d’Azur, noun è maravilhous ? Aquela stòria s’è passà vers l’an sìe cent trenta vœch d’ou nouash temp. Eravan lœgn de sperà acò ! Parlou d’a generalità de cristian. Couma aven pù ou noutà cada vota que u element : terra, ària, fœg, aiga, se preparoun a una revolta, aï bèstia en soun prevengùe. È coum’acò que s’è passà per aquelu de Rocabruna e a r’entorn. A vigìlia dou desastre, un silènciou strange s’è abatù sus’ou païs. U aucé noun cantavoun. S’eroun anà ? U gal eroun mut tamben. Aï galina avioun arrestà de choucà. U se pouloun s’eroun cantounà souta ele. E aven vist una cavalcada ùnica : tout aï vaca en libertà, e u vitelou, s’eroun metù a courre darreire de cava ràpide qu galoupavoun, crinièra drissà. En tant que, dintre u stabi, int’u pra, int’u camp, aï bèstia a corna, impedì o arrestà, u cava stacà au cavestre, apress de sfouars inùtile per rejougne u se parelh, se courcavoun en terra, rassegnà e spaventà. U can, aquest eterne fedele, se stacavoun au pass de ou sen mestre e, de lœgn en loegn, tout ensem, strepavoun, d’un urle triste, ou silènciou strange. Ome e frema, tout ou moundou era pilhà d’afana e de desperacioun, perqué a scapada de bèstia ruinava a poupulacioun e, couma ou fan encara de vote davanch una calamità, u païsan cercavoun à counjurà a maledicioun getà sus’ou païs. Soulament, una doumouajela a ressentì ço que anava arribà. Una doumouajela muta. Paresheva, meme, un poc sìmpliche. Prouvava d’avertishe a gent, ma couma pourioun capì ço que vouria dì, dame u se gest e u se ralh ? U fastidi dou moument eroun trop serious. Se dejbarrassava de la noucenta couma d’una bèstia genanta. En tant, un vielh bransoulhent a testa dì : Ve de causa… Neshun ou scoutà. Una « tona » un antig… Bastava que aussà aï spala ! Ma…Ço que se passava encara ? Ou troun ? A fin dou moundou ? Un gran ralh mountava de tout u piech quoura, tout a n’un còu… A terra tremourava… Ou bauss Rataoù se scroulava. E ou trounament spaventous stoufava aï vous. A roca que supourtava Rocabruna, vioulament rancà, rigourava vers a marina. Rigourava dame de vioulente scroulada. Una soureta e ço que era stach de ome, de frema, de camp, de casa, se trouverìa deroucà au abiss couma un batèu marasi. Aloura era, au darrìe moument avanch ou gigantesc saut, que se produsheva ço que neshun, mai, n’avia counoushù e que, da segù, neshun mai counoushera. Sus’ou moument, u testimoni noun capiroun ou fenoùmenou. Noun avioun ou frouant de se rejouishe. A grossa roca qu riejeva ou sen païs s’era arrestà. Ma una pausa permeteva de sperà a fin dou cataclismou ? Sensa mesurà l’enorma scoulahura qu le separava ahù d’a mountagna, pilhavoun counciença, dame spavent, d’aquesta talhahura d’apocalipse. Gardé ! U ginest ! Qu avia parlà ?
Aquela que aviavan toujou sounà a Noucenta o a Muta e que ou bati-couha avia sùbitou garì ! Den drissà vers un gran camp de ginest, fasia ’na doussa riseta couma a sia abitude. U ginest se brandoulhavoun couma de amaroun, couma una pichouna Mediterrànea d’orou. Se bransoulhavoun, furious, rabious e ou subiet de ràbia qu fasioun sentì era ben diferent de aquelou dou vent. Ou vent se tajeva. U ginest fasioun da elu ou sen remou e u se ralh. Un autra diavoulerìa ! an pensà u païsan. A garisoun da muta en era una tamben e qu deventava pèjou da sia pahoù. L’ajougnavoun a tout u segne qu auguravoun a catastrofa. E ! Noun’avioun rajoun ? Tourna, ou bauss tremourava. Ma u ginest semelhavoun s’agrapà a er per ou redrissa. E aven counstatà en fach un mouviment countrari qu dounava l’impressioun d’una batalha desperaìa que se pouria sègue per tapa, arenent, mat. Belahù ou proufit semelhava dou cousta de ginest. Belahù dou cousta de element enrabià. Apres a roca noun boulegava pu. Aven cuntà aï segounda, aï minuta…
S’arrestoun ! Era encara a muta, a noucenta, qu parlava. Disià a verità. A partìa era gagnà. Coumbatent sensa supèrbia, aï pichoune fioù couragiouse se tremoulavoun encara dou rède sfouars, ma n’eroun que de ginest, semelhent a tout u ginest dou moundou.
An servà nourautre ! criava a gent, traspourtà d’alegria e de recouneshença. Soun aï fioù de nouashe signou ! Ashen, Rocabruna restavà setà a 225 metre de autessa, au centrou da sboùira qu testimoùnia dou terramotou « l’Arx bruna » de antig, servà da u se fouart ginest.
Traduction en parler roquebrunois par U Chacharoun rocabrunasc


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