Société d’art et d’Histoire du Mentonnais
LE COIN DU MENTOUNASC DANS NICE-MATIN

La tradition des rameaux tressés, un texte de Pierre Operto

A tradician da Ramouriva, la revirada en mentounasc par Jean-Louis Caserio
samedi 9 avril 2022 par Jean-Louis CASERIO, OPERTO Pierre

Pierre Operto, tresseur de rameaux, nous raconte…
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LA TRADITION DES RAMEAUX TRESSÉS
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Depuis mon plus jeune âge, dans les années 1953-1954, j’ai toujours aimé « faire les rameaux » d’abord avec mon frère Marcel puis tout seul. C’est pour moi une véritable passion.
La tradition des palmes tressées se perpétue depuis très longtemps dans notre région le dimanche avant Pâques. Nous allions donc couper les palmes quelques jours avant, dans le cœur des palmiers en prenant bien soin de ne pas se piquer. Les plus belles palmes pour réaliser les rameaux sont toutes jaunes car elles sont serrées entre-elles et n’ont pas encore vu le soleil. Ce n’est qu’ensuite qu’elles deviennent vertes.
Il y a plusieurs modèles de rameau allant de la croix simple, la double ou avec une rosette au centre, jusqu’au rameau proprement dit qui est une petite œuvre d’art lorsqu’il est bien réalisé. D’une hauteur variant entre 30 et 50 cm en général, il se compose de paniers tressés, de rosettes et d’accordéons selon l’imagination du tresseur. Les parents garnissent les rameaux de chocolats, œufs, poules, pièces de monnaies… Le dimanche matin, on les fait bénir à l’église et c’est seulement après que les enfants ont le droit de goûter aux friandises.
J’attendais avec impatience le jour des Rameaux pour aller devant l’église de Carnolès vendre mes créations et mettre un peu d’argent dans la tirelire. Avec les années, la malice venant, nous nous mettions d’accord pour proposer des prix corrects et nous nous y tenions. Les années passant, il devenait de plus en plus difficile de trouver des palmes. Il fallait quelques fois en dérober dans des jardins ! Par la suite nous avons dû demander une autorisation à la mairie avec justification de la provenance des palmes.
C’était à qui arriverait le premier devant l’église pour avoir la meilleure place. Certains acheteurs venaient très tôt pour réserver croix et rameaux et nous demandaient même de les leurs faire bénir. J’ai également le souvenir de 2 personnes très connues qui passaient de bonne heure en voiture, baissaient la vitre, se faisaient présenter quelques rameaux, ils choisissaient souvent les plus gros, et payaient avec un gros billet dépassant largement la somme demandée en disant :« Le reste c’est pour la tradition ». Il s’agit de Robert Viale dit « Le Pirate » et de André Schultz du restaurant l’Hacienda dans la vallée de Gorbio, très réputé à l’époque. Vous imaginez que nous nous disputions ces bons clients.
Très souvent à l’heure de la dernière messe, nous n’avions déjà plus rien à vendre et avec quelques restes de palmes nous en tressions pour les retardataires. Nous proposions aussi des branches de buis et d’olivier, véritable rameau, et certaines personnes ne voulaient que cela et elles nous glissaient dans la main quelques pièces…
Pendant quelques années, l’école de la « Villa Blanche », sous l’impulsion de Jean-Pierre Rolando, mobilisait les élèves pour tresser et vendre des rameaux devant les églises de Menton et Roquebrune. Les fonds recueillis servaient à organiser un voyage en fin d’année scolaire. Aujourd’hui j’ai 3 petits enfants, ce serait un grand plaisir pour moi de leur passer le flambeau afin de perpétuer cette belle tradition.
Pierre Operto
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A TRADICIAN DA RAMOURIVA
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Pichounet, vers u anne 1953-54, m’a sempre apieijhù de « fà a ramouriva » dame moun fraire Marcéu puhi da souret. Es una vera pacian per mi.
Aquela tradician ven du temp’ antigue. Per acò, carrìa anà talhà e parme ent’ou couhe du parmourìe en fasent daida de noun esse pounch. Aquele belle parme ben jaune n’avìan pancà vist ou sourelh. Apress devenan verde.
I ese pran de moudelou de ramouriva : crous’ sèmplicha, doùbia, o dam’una resoureta, fint’ à n’aquela capou d’obra. D’un’ autessa de 30 à 50 cm, a parma ese decouràia de cavagnete, de resourete e de jorgine. U parente engarnishan de chicoulata, d’òu, galine, pece de mounéa e autre douçoù a ramouriva benesìa n’a messa dou duménigue. Apress soulament se pourìa manjà à chicoulata.
Asperava aquelou jorn per anà davant a guieja de Carnourés per vende e ramourive e iempì un poc ou men pouarta-mounéa. Dam’ou temp, se sema metù d’acordi, dam’u autre vendahoù per proupousà ou meme pres. Mà ou pu difìchile, era de trovà de parme. De vote, anavan finte raubà quarqu’une. E carrìa demandà un papìe ent’a merìa per justificà douna venìa e parme.
Ou primou arribà, avìa a pu bouana piaça. Quarque cliente coumandavan crouse e ramourive e demandavan de fa-re benesìe. I n’ha d’autre que venìan da boun’oura dam’a vatura cerne e pu belle e dounavan un grosse bilhet per pagà mài qu’ou pres fissà. Me n’avisou de Robert Viale « ou Pirate » e de André Schultz de r’oustarìa l’Hacienda ent’a valada de Goarbe.
De vote n’avìan pu ren da vende coura arribava a darrìa messa e fasìan vitou quarque crouse dam’e soubrìe o dounavan quarque branquete de bouss e d’aurevìe couentra quarque pecete de mounéa.
Quarqu’ u anne fà, a scora da « Villa Blanche » e ou proufessoù Jouan Pietrou Rolando an mantengù a tradician e u scoulari fasìan e vendìan e ramourive per pagà-se un belou viage tout enseme per a fen de r’ann. Ancuhi, ai 3 pichoù-filhe e me farìa pran pieijhé qu’elu perpetuessan aquela bella tradician dou pais-nouaish.
Revirada Jean-Louis Caserio, Félibre Majoral


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